Au Nord-Mali, la France a ajouté du désordre au désordre depuis son opération militaire de janvier 2013 !

C’est la thèse de Nicolas Normand, qui sait de quoi il parle, puisqu’il a été ambassadeur de France à Bamako. Aujourd’hui, il publie aux éditions Eyrolles « Le grand livre de l’Afrique », un panorama complet des réalités politique, économique et culturelle de l’Afrique. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier. de RFI

EXTRAITS: source RFI

D’une façon globale, l’approche est simpliste. On applique toujours la même formule. Pas seulement au Mali, mais également en RDC ou en République centrafricaine. Il y a des troubles, on envoie une sorte de corps expéditionnaire – c’était Serval, devenu Barkhane au Mali, c’était Sangaris en Centrafrique – ensuite, on fait une élection précipitée du président de la République, qui est censé redonner une légitimité au pouvoir. Et ensuite, on met des Casques bleus pour gérer le tout. En fait, le tout c’est un chaos, en général. Il faut sortir de cette approche simpliste. Les causes du problème, c’est que l’état malien – ou évidemment, l’état de Centrafrique – s’est effondré.

Parce que c’est un État très fragile et que finalement l’aide au développement elle-même a contribué à sa fragilité, puisqu’elle a contourné l’état en s’adressant directement à la population. On n’a pas vu que l’armée s’affaiblissait, était insuffisante pour tenir tête à des groupes armés.

On n’a pas vu que la police ne fonctionnait pas bien, que la justice ne fonctionnait pas non plus, ne s’appliquait pas dans les zones périphériques et que beaucoup de zones étaient une sorte de Far West sans shérif, de friches étatiques, de zones sans contrôle… A ce moment-là, des groupes armés prolifèrent.

Tous ces groupes se développent lorsque l’état est faible. Donc, je crois qu’il ne s’agit pas de traiter militairement et ensuite d’apporter du développement. Cela, c’est trop simpliste. Il faut traiter le problème de la fragilité de l’état et de ses services fiscaux. Parce que, sans fiscalité, évidemment, on ne peut pas payer une armée, une police, une justice et ni une éducation nationale, évidemment.